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RÉALISATION - COURT MÉTRAGE : Avant Les Dieux, THE CALL

2012. Après une séance de thérapie analytique musclée, une obsession : réaliser un court métrage par mes propres moyens, THE CALL.





Thérapie analytique, ego trip et GH2


Sébastien Cierco, Thomas Braut, The Call
THE CALL / Sébastien Cierco / Affiche : Thomas Braut


" Est-il possible de faire un film avec les moyens du bord, sans aide ni expérience ? Et si je devenais acteur, réalisateur, producteur, cadreur, directeur photo, ingé son, monteur de ma propre histoire ? Chiche ! "

Flirter avec les plateaux de tournage peut faire naître bien des vocations. Dans l'intimité, nombreux sont les comédiens qui vous avoueront avoir toujours rêvé passer derrière la caméra. Pas moi.


À cette époque, mon trip à moi, c'est l'ego : je suis comédien et je veux donc qu'on me voie, qu'on me voie et qu'on me voie encore ! Si possible, sur tous les écrans - de télé, de cinéma, d'ordinateur, de téléphone portable - , je suis pas bégueule.

Je fais de la pub pour des céréales, je joue dans des sitcoms à l'humour douteux, dans des séries françaises qui n'ont d'autre but que de vendre à Coca-Cola " du temps de cerveau humain disponible ". Dans de petits films de cinéma qui font des bides.


Sébastien CIERCO - Frosties
Film publicitaire - Frosties GRRR - Kellog's

Sinon, depuis l'adolescence, j'aime aussi raconter des histoires. J'écris, je scénarise, je story-boarde sans jamais en tirer quoi que ce soit. Je suis le cliché du poète maudit sans talent, mais qui pense en avoir. Rien n'en sortira.


Puis, passionné de spiritualité et de développement personnel depuis le milieu de mon adolescence, je me lance dans une thérapie analytique musclée, hallucinante et hallucinée. Je me shoote au Yoga au point de partir l'étudier en Inde. Ça va pas trop mal - surtout que dix ans plus tôt j'ai connu les véritables affres de la dépression -, mais je veux aller toujours mieux.

À la fin d'une séance de thérapie particulièrement musclée, une évidence : je dois mettre en images une histoire qui me trotte dans la tête depuis presque vingt ans - The Call.


Sébastien CIERCO - THE CALL
THE CALL - Le scénario

Direction le rayon audio-vidéo de la FNAC Saint-Lazare, où j'achète un appareil-photo de la marque Panasonic dont on dit qu'il fait les meilleures vidéos du monde : le GH2. Un nom de drogue pour un nouveau trip.


Et un questionnement suivi d'un pari personnel : est-il possible de faire un film avec les moyens du bord, sans aide, ni expérience ? Et si je devenais acteur, réalisateur, producteur, cadreur, directeur photo, ingé son et monteur de ma propre histoire ? Chiche !



De Mouzieys Panens (Tarn-France) à Manhattan (New York-USA)


" Je surprendrai un régisseur qualifier le film de branlette intello. Il a raison. "

Anton, un jeune fossoyeur du sud de la France est en proie à des hallucinations et à des cauchemars récurrents. Au bord de la folie, il décide de suivre ces voix intérieures et de répondre à l'appel d'une nouvelle vie.


Tel est le synopsis de The Call.


Sébastien CIERCO - THE CALL
THE CALL - Les deux pieds dans la tombe

Contemplatif et esthétisant, le film ne comportera aucun dialogue et le spectateur y trouvera son propre sens. Lors de la projection à la Maison du Film Court, à Paris, je surprendrai un régisseur qualifier le film de branlette intello. Il a raison. Pourtant complètement marteau du cinéma de Paul Veroeven (Basic Instinct, Show Girls, Starship Troopers, Total Recall...) mon ego surdimensionné ne vise rien d'autre que Kubrick (2001, A Space Odyssey, plus précisément) et Terence Malick (Tree of Life). Rien de moins ! Oui, je sais avoir les chevilles bien enflées.


Épaulé par mon petit frère, nous profitons des périodes de vacances pour partir tourner dans la microscopique résidence secondaire familiale, au coeur de la campagne tarnaise. Bien évidemment, je vire obsessionnel, le cadrage mais surtout la prise de son me rendent gentiment psychorigides : il faut que tout soit parfait.


L'environnement direct nous offre des cadres magnifiques, la météo suit le scénario à la lettre : le soleil, la pluie, la neige sur commande, suivant les plans désirés. Nous trouvons des solutions à chaque problème. Ma mère joue les régisseurs, elle nous prépare des sandwiches et du café bien chaud, nous trimballe à droite, à gauche. En fait, l'air de rien, on s'éclate ! Tout ça prend un temps fou mais on s'éclate !


Sébastien CIERCO - THE CALL
THE CALL - Hiver

Une fois les plans à Mouzieys Panens dans la boîte, je me retrouve très vite confronté à un vrai dilemme. Pour la deuxième partie du film, il me faut un lieu à l'exact opposé du pigeonnier de mon enfance. Introuvable.


À ce moment-là mes heures en tant qu'intermittent à Disneyland Paris me permettent de financer une incroyable formation de danse à New York. Opportuniste, j'embarque la caméra dans ma valise.

Le séjour américain touche trop vite à sa fin et il va falloir rentrer en France sans une image sur la carte mémoire.

Qui plus est, quitter Manhattan m'est insupportable, je suis tombé raide dingue de la presqu'île.

Dieu merci, il me reste quelques économies du père Mickey : je vais tout flamber pour rester à New York quoi qu'il arrive. L'extase totale et absolue !


Deux mois et demi passent où je chante, je danse, je me la joue Broadway mais... toujours pas d'image. J'ai beau fréquenter les lieux (et les gens) les plus incroyables du monde, je ne trouve pas cette baraque phénoménale qui doit créer le choc pour la fin du film.


Et puis, la recontre fortuite, une amitié particulière et un penthouse au soixante troisième étage d'un gratte-ciel flambant neuf avec vue sur Times Square : le MIMA.

Son occupant doit se rendre à San Fransisco pour le boulot. L'appartement est tout à moi, j'en serai le gardien pour une dizaine de jours.

Je resterai enfermé seul, toute une semaine, à tourner mes plans un à un, et ce avec la plus grande minutie.


Sébastien CIERCO - THE CALL
THE CALL - Broadway

Visa en bout de course et plus un rond en poche je rentre de force en France. Je suis dévasté à l'idée de laisser Manhattan derrière moi mais satisfait d'avoir mon film au complet dans les bagages. On va pouvoir s'attaquer au montage.




De la faim, de la soif et de ce qu'on à dire


" Biberonné au développement personnel, gavé de pensée positive, rendu nauséeux par un excès de spiritualité, j'ai soif d'ombre. "

Je n'ai jamais touché aux drogues et pourtant je sais que mon état dans les rues de New York était celui d'un cocaïnomane. J'en prends conscience à mon retour à Paris - je me sens comme une merde, je ne fais rien, physiquement je ne peux plus bouger : je suis en manque.


L'absence de la mégapole dévoile chez moi une dépendance affective prononcée (aux lieux, mais aussi à certaines personnes) dans laquelle je me complais. Biberonné au développement personnel, gavé de pensée positive, rendu nauséeux par un excès de spiritualité, j'ai soif d'ombre.


Je me délecte de ce côté obscur au moment d'attaquer le montage de The Call. Travailler les images fait remonter chez moi des humeurs crépusculaires. Comme dans le film, je suis Anton sortant de sa tombe.

Je ne sais même plus ce que je suis en train de faire : " Mais bon sang, qu'est-ce que tu veux raconter ? As-tu seulement quelque chose à dire ? Parce que oui, l'ego trip ça va bien cinq minutes, mais qu'est-ce que tu veux partager à travers ce film ? "

Des questionnements de riches - sans beaucoup d'autres préoccupations -, mais des questionnements malgré tout. Comme tout un chacun.


Eh ben, c'est pas compliqué, c'est l'histoire d'un type qui ne sera jamais satisfait, ni au fond des bois, ni aux pieds des immeubles. Il est tantôt fossoyeur, tantôt trader, il a faim, il a soif - ici ou ailleurs c'est toujours la même topo -, il n'est jamais rassasié. Jusqu'à ce qu'il découvre que la seule source valable de son contentement, c'est lui-même. Qu'il n'y a rien de plus important que l'amour qu'il doit se porter avec beaucoup d'humilité.

Des conneries de développement personnel. C'est plus fort que moi, je ne peux pas m'en empêcher... je dois être sacrément conditionné. Ou alors c'est que j'ai raison.


THE CALL
THE CALL - Couchant et renaissance

Quoi qu'il en soit, le montage, mettre bout à bout les plans, les idées, les sons, voilà ce qui aura finalement écrit la véritable histoire de ce film. Avant ça, il ne racontait rien, il n'avait rien à dire.


Si je travaillais dans le cinéma je serais donc monteur.


Mais si j'étais finalement vraiment là pour raconter des histoires ?




De l'urgence à vivre à n'importe quel prix


" De l'urgence à vivre à n'importe quel prix. Si d'autres histoires devaient suivre, il y a peu de chances qu'elles parlent d'autre chose. "

L'ossature des Dieux aussi transpirent est déjà en place depuis 2007 : 128 pages, le héros s'appelle Rémi Legrand et l'antagoniste est un petit rouquin surnommé Peter from Chicago, déjà artiste peintre. Tout démarre avec cette histoire de panne de climatiseur.


Les Dieux aussi transpirent, un roman de Sébastien Cierco

Je ne reprends l'écriture des Dieux qu'en 2017, fraîchement expatrié à Bruxelles, totalement désoeuvré, absolument épuisé : je sors de deux ans et demi d'un boulot effréné où je donnais jusqu'à dix-sept cours de Yoga par semaine, j'ai besoin de souffler...

Je remets tout à plat : Rémi Legrand devient Gorka Etchegaray, Peter from Chicago est Park Chol-Moo.

Je garde la clim en panne mais modifie 75% de l'histoire, de la trame, des lieux et des personnages. Je me focalise sur ce que je veux transmettre de l'expérience traumatisante du héros.


Entre temps je suis devenu totalement addict au bouddhisme tibétain, à la pop coréenne et à Hokusaï, j'ai enchaîné des centaines d'heures de thérapie : les choses sérieuses vont donc pouvoir réellement commencer.


De THE CALL, Les Dieux hériteront d'une scène d'ouverture à Manhattan et des thèmes de la perte de contrôle, de la quête de soi et de l'urgence à vivre à n'importe quel prix.


De l'urgence à vivre à n'importe quel prix : il n'y a finalement rien de plus à ajouter, aucun autre sujet important à traiter.


Si d'autres histoires devaient suivre, il y a peu de chances qu'elles parlent d'autre chose.


Pas besoin d'aller chercher plus loin, je tiens mon truc : de l'urgence à vivre à n'importe quel prix.